Location
República Democrática del Congo
Theme
Justicia y Memoria

Déraciné

Au cours de l'année passée, l’équipe de ‘Déraciné’ a travaillé sans relâche avec les élèves et les enseignants de diverses écoles secondaires à Bukavu et des experts locaux dans le domaine de la réconciliation, pour mettre en place du matériel pédagogique qui permet d'enseigner et d'apprendre d’avantage sur les différents conflits qui ont ravagé les provinces du Kivu dans l'est de la République Démocratique du Congo. Ce travail a abouti à la création d'un ligne de temps pédagogique intitulé "Déraciné", disponible en ligne et sur papier.

Pour comprendre comment le matériel peut contribuer à «déraciner les racines du conflit» (d’où le nom du projet), l’équipe a mis en place une étude pilote. Cette étude implique 20 professeurs d’histoire et d’éducation civique et morale, et près de 400 élèves de 10 écoles secondaires de la ville de Bukavu, capitale de la province du Sud-Kivu, et de ses environs. Bien qu’il n’y ait pas eu d’affrontements armés depuis 2004, Bukavu a été la première grande ville de l’est de la RDC à tomber sous le contrôle des forces rebelles en 1996. Récemment, les tensions se sont ravivées dans la province voisine du Nord-Kivu avec la réapparition des rebelles du M23.

Dans le cadre de l’étude, nous mesurons la connaissance des étudiants sur les causes des différents conflits dans la région, et leur capacité à comprendre les perspectives d’autres groupes ethniques sur ces conflits  (ce qu’on appelle la prise de perspective historique) avant et après l’implémentation des matériaux. Nous avons récemment terminé l’enquête pré-intervention. Ci-dessous, nous partageons cinq conclusions importantes :

  1. En ce qui concerne leur connaissance des causes des conflits au Kivu, seulement 11,7% des étudiants estiment d’en avoir une  (très) bonne connaissance. En revanche, la grande majorité (69,6%) la jugeait (très) médiocre. Environ un cinquième (18,7 %) avait l’impression que leur connaissance n’était ni bonne, ni médiocre. Ainsi, les étudiants – à leur propre avis – ont encore beaucoup à apprendre sur les causes réelles des conflits.
  2. En  décrivant les causes des conflits dans une question ouverte, il paraît qu’en effet les élèves ont une compréhension sélective et parfois biaisée du passé. Notamment, la plupart des élèves n’ont fourni que des comptes succincts et réducteurs, citant des causes uniques, telles que le tribalisme, les conflits fonciers ou la concurrence pour les ressources naturelles. D’autres tiennent les élites politiques responsables de l’état du pays ou reprochent à l’État rwandais de soutenir les rebelles. Rares sont ceux qui ont fait référence à des facteurs structurels, tels que la pauvreté et l’inégalité. Sans doute, ces facteurs ont tous contribué aux conflits, mais, à eux seuls, ils ne peuvent pas expliquer la complexité des différents conflits qui affectent le pays.
  3. Dans l’ensemble, les élèves démontrent des niveaux modérés de prise de perspective historique (Bilali & Vollhardt, 2013). Il est prometteur que plus de la moitié des élèves (53,7 %) n’étaient pas d’accord (du tout) avec l’affirmation «Je suis sûr que l’histoire du conflit au Kivu que j’ai apprise de ma famille et de mes amis est la seule véritable histoire». 40,1% n’est pas non plus d’accord avec l’affirmation «Autoriser l’expression de différents points de vue sur l’histoire du conflit crée trop de confusion ». Pourtant, jusqu’à présent, seulement un(e) élève sur cinq (17,1 %) a déjà essayé d’apprendre l’histoire des conflits du point de vue d’autres groupes. Ainsi, les élèves sont ouverts à l’apprentissage de nouvelles perspectives – ils doivent justement encore les découvrir.
  4. Bien que la plupart des élèves (48,3 %) se sentent tristes en pensant à l’histoire des conflits au Kivu, le conflit met un nombre significatif d’entre eux (37,3 %) en colère. D’autres encore se sentent confus, et peu d’élèves (3,6 %) ne ressentent aucune émotion particulière en y pensant. Lorsqu’ils abordent l’histoire des conflits en classe, les enseignants doivent être conscients de ces différentes émotions et savoir comment y réagir.
  5. Enfin, nous avons demandé si les élèves étaient d’accord pour qu’on leur enseigne les causes des conflits à l’école. Pas moins de 88,9% des élèves estiment que cela serait propice à la promotion de la paix et de la réconciliation dans le pays. Les enseignants doivent néanmoins être conscients que pas tous les élèves sont favorables à un tel enseignement et qu’ils pourraient donc se heurter à une certaine résistance en classe lorsqu’ils utilisent ‘Déraciné’.

Actuellement, les enseignants ont commencé à utiliser le matériel en classe. Bien que nous soyons convaincus que nos résultats suggèrent que les élèves sont ouverts à utiliser du matériel tel que le nôtre, avec des avantages potentiels importants, seule l’enquête post-intervention, prévue dans un mois et demi, nous dira avec certitude si notre projet peut effectivement aborder les connaissances sélectives des élèves et augmenter la prise de perspective historique.

En savoir plus sur le site Web Déraciné

Note: French is the official language of DRC, therefore, this blogpost has been published (in French) in addition to the English and Spanish versions.

Nota: El francés es el idioma oficial de la República Democrática del Congo, por lo tanto, esta entrada de blog se ha publicado (en francés) además de nuestras páginas en inglés y español.

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